Histoire

Notre Histoire

Le Musée Ogier-Fombrun est situé dans l’enceinte d’une habitation sucrière datant du 18ème siècle, construite en 1760 par le colon bordelais Guillaume Ogier, et abandonnée à sa mort en 1799, durant la période révolutionnaire.

L’architecte Gérard Fombrun fit l’acquisition de ces ruines au mois de mars 1977 et commença immédiatement les travaux de restauration dans un esprit de participation à la sauvegarde du Patrimoine National.

1760

Construction et exploitation de l’habitation Cadenette à Montrouis par le colon bordelais Guillaume Ogier.

1799

Mort de G. Ogier à Saint Marc, durant une chasse aux marrons, les esclaves en fuite.

1800 -1804

Guerre de l’Indépendance et fin de la colonie et de l’esclavage. L’habitation est abandonnée.

1804 -1977

Exploitation des terres par de multiples cultivateurs de la zone, devenus propriétaires.

1977

Acquisition des ruines par l’architecte Gérard Fombrun.

1977 -1993

Oeuvres de restauration des ruines

1993

Inauguration Officielle du Musée Colonial Ogier-Fombrun.

2012 - 2013

Reprise des travaux de rénovation du Musée, qui ont duré 5 mois. Les portes ont été ré-ouvertes au public en avril 2013, et depuis lors reçoit quotidiennement des visiteurs, autant touristes qu’écoliers et étudiants

Si le Moulin m'était conté...

Des ruines de l’habitation Ogier naquit Moulin-sur-Mer

« Remontons les rives du passé afin que l’histoire de Moulin Sur Mer nous soit racontée »

A Montrouis, commune de Saint-Marc, au Km 77 de la route nationale No 1 ont été entrepris au mois de Mars 1977, les travaux de restauration d’une ruine coloniale qui fût jadis, une sucrerie relevant de l’habitation Guillaume Augier.

Découverte et Acquisition de la ruine

Ayant acquis une propriété de plage, nous avions pour coutume ma famille et moi, de nous y rendre toutes les fins de semaine. Bientôt, j’y avais entrepris la construction d’un bungalow de plage. Pour aller à la plage, il faut laisser la route nationale au Km 77 1⁄2, bifurquer vers le Sud en s’engageant dans une route en terre battue. Longeant ce chemin, mes regards furent attirés plus d’une fois par de vieux murs qui, de ci de là, perçurent à travers arbres et broussailles. Cette « massue » à ne pas douter ne pouvait être que les vestiges d’une vieille bâtisse coloniale. Ma curiosité alertée, je me suis arrêté pour la première fois sans pouvoir y pénétrer. Armé d’un flash et d’une machette, j’y suis retourné, décider à faire connaissance des lieux. Ce fût le coup de foudre ! Comme dans un éclair, j’eus la vision de la réalisation capable de satisfaire des rêves et des vœux depuis longtemps formulés mais attendant le moment et l’opportunité de s’extérioriser et de se réaliser :

C’était le patriote qui trouvait la possibilité d’être utile à son pays en participant à la rénovation de patrimoine national si affreusement abandonné.

C’était l’architecte appelé à se produire dans une œuvre ou ne pouvait l’arrêter que son imagination et qui déjà se délectait de la joie voluptueuse de créer et de faire revivre dans la pierre une page d’histoire.

C’était l’homme d’affaire qui jouait gros jeu en investissant dans une entreprise….,aux déboires incalculables dans l’immédiat mais à la capitalisation valable, prometteuse de gros intérêts de retour à longue échéance.

Il ne s’agissait pas d’une ruine banale comme l’on a coutume de rencontrer dans les campagnes.

Je découvrais d’abord un aqueduc magnifique, long de 300 pieds, formé de 18 arcades de 2m75 de diamètre. Il était en excellent état mis à part le canal d’arrivée d’eau supporté par l’aqueduc. Ce canal était en mauvais état, démoli par des arbres sans doute centenaires qui y croissaient à profusion. Plus loin je découvrais le bassin ou logeait dans le temps la grande roue à auget. La roue n’y était plus mais les traces sur le mur de fond me permirent de comprendre qu’elle mesurait 6m de diamètre.

De vastes pièces se succédaient, les unes ayant leurs murs en bon état, les autres aux murs inclinés ou transpercés par des arbres gigantesques. Aucune trace de boiserie, de charpente ou de toiture sauf les morceaux innombrables de tuiles plates en terre cuite jonchant le sol de tout part. En dehors des murs, on apercevait plus loin une tour en maçonnerie de pierres de 6m de diamètre, haute de 9 à 10m; c’était le four ou se cuisait jadis  »les pains de sucre ».

Ma visite terminée ; j’ai demandé au jeune paysan qui me servait de guide, un nommé Lhada, de bien vouloir me conduire chez le propriétaire des lieux. Ainsi, il m’amena chez Moléus St Fleurant,  »un citadin » du bourg de Montrouis qui possède un voilier faisant la navette entre la Gonâve et le wharf de Montrouis. Il m’apprit que la propriété logeant la ruine couvrait 1 carreau 1⁄4. Il en avait fait l’acquisition de Charles Verna. Jusqu’en 1930, le moulin tournait encore et alimentait le bourg de Montrouis de son sirop, de son clairin et de son tafia. La charpente d’origine m’expliqua-t-il existait encore mais à l’arrêt de l’usine les gros madriers ont été enlevés pour être vendus ou…être utilisés en charbon de bois. Après fortes palabres et des entretiens entre lui, sa femme et moi; le principe de la vente fût accepté et enfin on s’arrêta au prix de $15.000. Bientôt de Rémy, je faisais l’acquisition du 1⁄4 de carreau contenant le four puis passant par Lavetouse, Tilolo, Mirène, Pierre-Ciné, Alfred, et que d’autres, la propriété a formé le tout en totalisant actuellement 8 carreaux de terre. En ajoutant les 2 carreaux de terre qui logeant la mer, nous avons en tout 10 carreaux de terre, domaine de Moulin-sur-Mer.

Immédiatement les travaux de restauration ont été entrepris. Il ne s’agit pas de reconstituer les lieux tels qu’ils avaient été à l’époque coloniale. A cette époque, la bâtisse logeait essentiellement le moulin à broyer la canne, les dépôts de canne à sucre et de baguasse, la case des esclaves. Les petites ouvertures qui perçaient les murs permettent de juger le peu de confort dont jouissaient les pièces. Ayant décidé nous autres de pouvoir habiter confortablement nous avons choisi d’œuvrer en brodant autour du thème colonial gardant à la sucrerie son infrastructure coloniale : son aqueduc, son bassin, sa grande roue, son four. Nous avons même installé comme centre d’intérêt un moulin à traction animale, que nous avons découvert à St Art. Soit dit en passant, à l’époque coloniale ce moulin connu sous l’appellation de  »moulin qu’a le manant, le petit blanc (le manant) utilisait ce moulin de fortune tandis que le colon utilisait le moulin hydraulique. Que l’on ne s’étonne pas non plus de trouver par ici, par là des canons, des anciens (fusils, épées), voir même une salle d’arme que nous avons désignée du nom de  »Salle 1804 ». Ce sont des témoins d’une époque placés ici pour rappeler que nos aïeux s’ils ont été des hommes de la terre ils furent aussi et surtout, à un moment de la durée des hommes d’armes, ceux que nous ont valu Vertières, la Crête-à-Pierrot, la Butte Charrier, etc.

Le premier travail de restauration fût celui de l’aqueduc. Grande fût notre joie ce premier jour ou l’eau  »le canal au cou » se mit à courir sur l’aqueduc. Plus grande encore fût notre joie de voir tourner la grande roue que nous avons reconstruite sur les lieux même, vu son poids et sa dimension. Sans rentrer dans le détail des travaux, nous mentionons que dans l’ensemble nous avons suivi le tracé des fondations trouvées en excellente condition; c’est d’ailleurs ce qui explique l’envergure du travail réalisé. Signalons cependant l’étage du building n’existait pas (voir photo). Nous l’avons ajouté pour augmenter la façade principale et aussi pour rendre fonctionnel l’escalier de façade qui à l’époque coloniale était utilisé uniquement pour manipuler la vanne hydraulique dirigeant les eaux soit vers la roue, soit vers les jardins. Et le temps a passé. Voilà déjà cinq ans que nous travaillons à faire renaître les ruines de leurs cendres. La vie est revenue au vieux moulin. Par dessus l’aqueduc, l’eau coule et cascade l’aqueduc dans un tourbillon d’espoir! Il y a beaucoup à faire. Mais qui peut le plus peut le moins. Assisté de Nicole, ma digne et ma valeureuse  »affranchie » qui m’a assisté de ses conseils, de sa présence et ne m’a jamais marchandé son concours, je vainquerai! Qu’Elle en soit remerciée!!!

L’Habitation à l’époque coloniale

Nous référant à Moreau de St Méry (page 894, » Description de la partie française de l’Isle de Saint- Domingue)’’, nous apprenons que depuis la rivière des roseaux à la rivière de Montrouis, il y a 7 sucreries qui ont des moulins à eau ; elles sont d’autant plus utiles que la sécheresse désole cet endroit’’. Nous avons aussi consulté la carte dressée en 1784 selon ordre du roi par l’ingénieur- géographe Philipeau. Et aussi nous avons pu repérer les sucreries en question. Partant de la rivière de Montrouis vers le nord, on trouvait : 1) l’habitation Dupui, 2) l’habitation Vendôme, 3) l’habitation Cadenette, 4) l’habitation Augier, 5) l’habitation Delugé, 6) l’habitation Lanzac, 7) Les Roseaux.

Nous nous sommes rendus sur chacune de ces habitations qui pendant de nombreuses années ont participé à la gloire économique de la colonie. Quelques unes d’entre elles, particulièrement les habitations Dupui, Vendôme et Cadenette sont encore récupérables et en imposent leur immensité. Si les restaurer est chose difficile à cause des moyens financiers réduits dont nous disposons, il serait quand même possible de les sauver de la destruction totale en les nettoyant et en les débarrassant des halliers et des arbres qui y croissent et en abattent les murs . Avec le concours précieux de Jacques Cauna, nous avons réalisé que l’habitation que nous occupons est l’habitation Augier et non l’habitation Cadenette comme nous avons cru devoir l’appeler initialement. Cette erreur est due à une fausse interprétation colportée par les habitants de la région qui ont traditionnellement étendu le nom de Cadenette à l’ensemble de la région. De fait l’habitation que nous occupons fût celle du colon Guillaume Augier venu de Bordeaux. Les installations furent sans doute construites au début de la seconde moitié du 18è siècle. Selon la thèse de Françoise Thésée, publiée par la Société Française d’Outre–Mer en 1972 sous le titre de ’’Négociants bordelais et colons de Saint-Domingue (page 184) ; Guillaume Augier a abandonné sa sucrerie à Montrouis pour se rendre à Bordeaux vers le mois d’août en 1792 ; c’était l’époque des premières commotions sociales. « La colonie de Saint-Domingue, objet de la jalousie de toutes les nations de l’Europe par la richesse de ses produits n’offre plus à l’œil consterné, qu’un vaste champs de désordres , de pillages, d’incendies, de carnages, de crimes, de désolation. Guillaume Augier avait pour représentant à Saint Marc, la maison Henry Romberg Bapst et Cie qui fonctionna de 1783 à 1793. Guillaume fut indemnisé entre les années 1827 et 1833 pour la somme de 50.333,33 francs, l’indemnité était calculée au 1/10 de la valeur réelle de l’exploitation ».



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