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Gérard Fombrun

Im2- l'architecte Gérard Fombrun fondateur du musée

 

 

GÉRARD FOMBRUN, Architecte (Biographie)

GERARD FOMBRUN est né à Port-au-Prince le 21 Janvier 1927.

Fils du Sénateur Charles Fombrun et de Mme. Maria St Léger Perrier, Gérard Fombrun est le septième d’une famille de 11 enfants.

Il a réalisé ses études primaires  et secondaires à ST. LOUIS DE GONZAGUE, institution pour laquelle il conserve un indéfectible attachement.  En ses propres mots, il dit, ému: “Quand on me parle de St. Louis, on me touche le coeur”.

Photo GF en groupe

Monsieur Gérard Fombrun est INGENIEUR-ARCHITECTE de profession.Il a poursuivi ses études à la Faculté des Sciences Appliquées en Haïti et a complété ses études en Architecture à Paris.

Gérard Fombrun a brillé pendant ses 50 ans de carrière, et a contribué à la modernisation de l’architecture et de la construction en Haïti.

Dans le courant de l’année 1957 il entreprit la fondation de sa propre firme de construction, la GF CONSTRUCTION . Parmi ses nombreuses réalisations et accomplissements nous citons:

  • L’aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince
  • La construction du Warf  de Port-au-Prince
  • La Construction de plusieurs buildings industriels et d’immeubles, tel que  le Cinéma  Impérial de M. Jacques Malval
  • La construction de centaines de résidences privée
  • Énormément de travaux dans les cimetières de Port-au-Prince

Inspiré des maisons Gingerbread, l’architecte Gérard Fombrun a développé un style très personnel, qui a marqué une nouvelle esthétique et façon de faire chez les jeunes architectes émergeants.

 (Image d’une réalisation typique de GF)

Son passage à Porto Rico avec sa famille, et ces 10 années d’expérience à la Constructora Metálica  ont beaucoup influencé le déroulement de sa carrière, le menant vers une spécialisation dans la construction de structures métalliques et l’adoption de techniques innovatrices pour la construction d’immeubles, tel que la construction préfabriquée et de high rise buildings(Stran Steel).

Son COURONNEMENT DE CARRIERE a été la rénovation des ruines d’une ancienne plantation sucrière, l’Habitation Ogier, acquise par lui en 1977. La découverte de ces ruines l’a plus tard acheminé vers la construction et la mise en place du complexe hôtelier Moulin Sur Mer,  reconnu tant en Haïti que chez les haïtiens vivant à l’étranger.

L’œuvre qui lui tient aujourd’hui le plus à cœur est la création du Musée Ogier-Fombrun à partir des ruines de l’ancienne Habitation coloniale Guillaume Ogier, qui raconte une page de l’histoire d’Haïti et est visité par des milliers de personnes et d’écoliers annuellement.

MONSIEUR Fombrun a toujours montré son amour pour sa patrie et ses compatriotes. 

Il est un VISIONNAIRE qui a conçu des projets a caractère national, comme serait la vision qu’il a pour l’île de La Gônave comme capitale touristique d’Haiti (Gonâve 2000) ; ou ses projets de protection de l’environnement :(Fondation 92), et divers projets de développement urbain et à caractère touristique.

Les TALENTS de Monsieur Fombrun sont plusieurs:

En plus de ses qualités d’architecte, Gérard Fombrun est un passionné de l’histoire d’Haïti, de la littérature et de la poésie, et a aussi écrit quelques livres, « Et Haïti Vint au Monde », et « Pour que Renaissent le Prestige et l’Espoir ».

Il adore la musique, aime charmer ses auditeurs au piano, et plus récemment accompagne ses heures de détente à souffler sur son harmonica.

harmonica 4

Gérard Fombrun est aussi sculpteur: beaucoup de ses sculptures ont été coulées en bronze et vendues à des collectionneurs à l’étranger et en Haïti. Les jardins de Moulin Sur Mer sont aujourd’hui parsemés des sculptures de sa plus récente production en fer forgé et en métal déployé.

Adagio GF

Gérard Fombrun a épousé Nicole Gérard Mallebranche le 30 Janvier 1954, qui selon lui, lui était prédestinée, et est père d’une famille de 5 enfants, 13 petits enfants et 3 arrières, progéniture qu’il dénomme « Le poulailler ». Ses petits enfants le surnomme « Pipa ».

GF face

Aujourd’hui, malgré qu’il soit octogénaire, Gérard Fombrun garde son dynamisme et son optimisme, et entreprend encore maintes projets et créations, toujours accompagné de son harmonica et de son piano.

Il est considéré par les montrouisiens comme le “PRESIDENT DE MONTROUIS”, qui le vénèrent comme bienfaiteur de la région.

Tant est son amour du travail, qu’il est habituel de rencontrer l’architecte assis des heures sous les arches de son aqueduc, la tête perdue dans ses pensée, et « travaillant » sans relâche à la réalisation de « nouveaux projets » dont il rêve tous les jours. Infatigable !

Aujourd’hui, Monsieur Fombrun se réveille chaque matin en chantant, et en clamant à vive voix qu’il est l’homme le plus heureux de la Terre : ”Béni du ciel et choyé par le destin”, voici ces mots de prédilection. Et il prétend tenir bon à sa parole de vivre, comme sa marraine, Mme. Carmène Oriol, jusqu’à l’âge de 105 ans.

L’homme “le plus heureux de la terre”, selon ses propres mots, ne cesse travailler. Dans son imaginaire, cet homme infatigable continue de “cogiter”, comme il aime dire, « Cogitus, ergo sum » .  il continue de construire et de construire…. Cette fois, il envisage un “grand basin sous les arcades, avec plusieurs jets – ce sera la huitième merveille du monde!… “Comme il dit souvent : « The place where to be » (GF, été 2013).

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Gérard Fombrun est tristement décédé à l’âge de 88 ans, le 1er février à Port-au-Prince. Son corps repose à Montrouis sous les arcades de l’aqueduc de l’ancienne Habitation Ogier devenue aujourd’hui, par sa création, le Musée Ogier-Fombrun à Moulin Sur Mer, qu’il a tant aimé. Il laisse un vide difficile à combler, mais nous réconforte par l’énorme héritage d’humanité, de culture et d’histoire qu’il nous a légué.GF moulin

GF face 2

GF-aqueduc copy

… Cher Papa … Te voilà parti, mais je n’y crois encore pas. Je suppose que les jours qui suivront nous mettront devant l’évidence que tu ne reviendras plus.

Ça fait mal qu’en j’y pense, ou quand je me demande ce que nous aurions pu faire pour te retenir auprès de nous encore un peu, toi qui avec ta joie de vivre voulait atteindre “au moins 105 ans”, comme ta marraine…. Ce qui nous console c’est la certitude de savoir que toi, notre Don Quichotte vaillant et courageux, tu n’aurais pas aimé vivre à moitié, dépendant pour satisfaire tes moindres besoins, de l’amour et de la bienveillance de ceux qui t’ont entouré jusqu’au dernier moment.

Nous te laissons partir, Papa, en te souhaitant un bon voyage vers la Lumière éternelle, et en sachant que tous ceux qui sont partis avant toi, ta Maman adorée, t’accueillent aujourd’hui dans le repos que tu mérites. Au nom de mes sœurs Dominique et Régine, de mes frères Charles et Jerry, de tous tes petits enfants et arrière-petits enfant, je te remercie pour l’Homme extraordinaire que tu as été, pour le Père aimant et protecteur que tu as été, le Patriote inlassable que tu as été, et pour le modèle que tu seras toujours pour nous. Pars tranquille, nous saurons aussi prendre soin de Maman, ta Nicole Gérard bienaimée, qui t’a vénéré et chez qui tu laisseras un grand vide.

Tu demeures toujours dans nos cœurs, et sera toujours notre inspiration pour œuvrer dans le Bien, dans le Beau, dans le Vrai.

Merci Papa. De tout mon cœur, ta Mimichatte.

Moulin Sur Mer, Le vendredi 6 février 2015, Montrouis, Haïti

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Gérard Fombrun 2Gérard Fombrun : Une vie en action !

(Texte de notre bienaimée Paulette Poujol Oriol, décembre 2001)

L’homme est d’imposante stature. Un buste fort, planté sur d’interminables jambes, toujours en mouvement car le personnage est un vrai dynamo. Jamais de repos, toujours allant, allergique à toute forme d’oisiveté.

Plus que la prestance, ce qui frappe dans ce visage sympathique et ouvert, c’est l’’intensité du regard. Des yeux d’un bleu pervenche, lumineux mais qui peuvent foncer sous le coup de l’indignation qui parfois le secoue en face de toute négligence, tout laisser-aller, toute paresse.

L’indignation est une vertu de la jeunesse or GF n’a pas d’âge, ou mieux il sera toujours jeune, car sa jeunesse à lui n’a rien à voir avec un acte de naissance qui le fait septuagénaire. Non, cet homme-là a la jeunesse chérillée au corps, parce que chez lui elle provient du cœur et de l’esprit et non du temps qui passe, battant au-dessus de lui ses grandes ailes grises, sans parvenir à le frôler.

Essayons de cerner cet être hors du commun, pour lequel l’auteur de ces lignes ne cache pas sa profonde admiration. Mais Gérard présente tant de facettes, de si nombreuses personnalités qu’il va nous falloir employer un terme moderne, le ‘scanner’, pour essayer de le mieux comprendre. Nous devons bien ’’essayer’’, mais l’entreprise est complexe et ardue, car peu de nos compatriotes sont à ce point protéiformes et polyvalents. Peu seraient capables de mener à bien une seule des trajectoires de notre modèle.

Par où débuter ? Comme il le fait lui-même dans son dernier ouvrage, allons-y par le commencement.

Fils de feu le Sénateur Charles Fombrun qui fut l’un de nos hommes politiques les plus avisés, il tient de ce père, fier et courageux, une connaissance pragmatique du monde de chez nous, de cette société haïtienne qu’il pratique et juge avec lucidité et équité.

Il doit aussi le jour à une des femmes les plus remarquables de notre XXe siècle haïtien : Maria Saint Léger Perrier, une des premières à avoir voué sa vie à l’art, à la poésie et dont le dévouement obstiné a préservé et élevé une nichée de douze enfants dans une merveilleuse ambiance familiale.

Et puisque notre Gérard a été élevé dans la plus pure tradition de ces vertus d’autrefois qui firent la force et l’honneur de la famille haïtienne (l’ordre, la fidélité à la parole donnée, le respect des coutumes et des anciens, le goût du travail et de la discipline). Il n’est pas étonnant que G. Fombrun, secondé à son tour par son admirable compagne Nicole, ait été un époux et un père exemplaire soucieux de ses devoirs, employant toutes ses forces et ses ressources à bien élever, à éduquer et à former les cinq merveilleux enfants  qu’ils ont eu le bonheur de mettre au monde et qui, chacun dans sa sphère, font bonheur à leurs parents.

Nous parlerons maintenant de l’Ingénieur-architecte, sérieux, compétent, fiable, consciencieux, payant de sa personne, arpentant sans relâche ses chantiers, grimpant aux échelles, vérifiant la solidité d’un échafaudage ou la composition d’un béton. Bourreau de travail, il ne se ménage guère et les journées lui semblent toujours trop courtes pour la somme de labeur régulièrement.

Ce même homme, artiste inspiré, penché jusqu’aux heures avancées de la nuit sur sa table à dessiner, fait sortir de son imagination, étayée d’une solide technique, des édifices qui jalonnent notre pays et font l’honneur de l’architecture haïtienne. Comment ne pas reconnaître du premier coup d’œil un immeuble signé « G.F. » ? Ce qu’il érige se reconnaît sans erreur possible car il y a un G.F. inimitable entre tous et ne ressemblant qu’à lui-même.

Il y aurait là déjà de quoi remplir une existence ’’normale’’ mais pas celle de notre infatigable ami. Car cet homme, au regard si perçant qu’il semble pénétrer son interlocuteur fasciné.

Cet homme, si solidement planté sur la terre est aussi un visionnaire, un artiste, un poète. Là où le profané ne voit qu’une solive de bois brut, l’œil ’’laser’’ de Gérard voit dans cette poutre équarrie la sculpture qui ornera un fronton ou un plafond. Ceci n’est qu’un roc informe, direz-vous ? Ne vous étonnez pas de le retrouver bientôt caryatide dans quelque jardin ou sur une terrasse fleurie…

Et c’est parce qu’il a ce don de « voir » qui échappe aux autres que s’est créé le complexe Moulin sur Mer, enfant chéri de sa ferveur patriotique.

Combien de pères de famille, soucieux d’offrir les plaisirs de plage à leur plage à leur progéniture ont dû emprunter cette même petite route descendant vers la mer ? Combien ont dû dépasser, indifférents et placides, les imposantes ruines de l’habitation Guillaume Ogier ? Lui, Gérard, a vu. Et sitôt que son regard a embrassé le site, quelque chose de grandiose s’est déclenché en lui. Sur les murs vétustes, ligotés par les racines des figuiers maudits, il a vu quelques traces, il en a évalué les mesures et il a reconstruit aussitôt en pensée cette grande roue à godets, de 6m50 de diamètre qui, déversant l’eau de l’aqueduc, faisait inlassablement tourner la sucrerie. Aussi le restaurateur repèrera, les escaliers, l’aqueduc et la source nourricière, tout comme il remettra à jour, la purgerie, le séchoir et patiemment jour après jour, pierre par pierre avec un acharnement de fourmi, il reconstituera cette habitation Guillaume Ogier dont la résurrection fait l’admiration des visiteurs haïtiens et étrangers

De ce lieu déserté, mort depuis près de deux siècles, Gérard Fombrun va faire un lieu de vie – une plage animée, un restaurant de classe encadrent un hôtel qui, des 8 chambres en Novembre 1985 offre maintenant 70 chambres tout confort aux touristes haïtiens et étrangers qui ont adopté ce coin de paradis.

Le patriotisme agissant du constructeur ne se contentera pas de cet ensemble hôtelier. Son gout de collectionner des objets de notre passé, le porte de créer ce musée Ogier-Fombrun ou des centaines de jeunes haïtiens sont déjà venus recevoir une vivante leçon d’histoire nationale. Depuis les indiens Arawak et Tainos, jusqu’aux reliques de l’indépendance, des centaines d’objets rassemblés avec obstination, persévérance et amour, raconteront aux jeunes épris d’histoire toute la saga de l’indépendance en un saisissant raccourci qui vaut tous les manuels scolaires.

Son patriotisme fervent on en retrouve les traces dans tout le complexe de Moulin sur Mer : hôtel, plage, musée, les allées sont jalonnées de souvenirs historiques, énormes chaînes, puissants canons accroupis sur des piles de boulets, jarres pausées, ornent les magnifiques jardins créés par le couple Fombrun. Impressionnant cet extraordinaire moulin ’’qu’à le manant’’ avec ses énormes rouleaux jadis mis par des bêtes de somme, broyant incessamment la canne juteuse charriée par les cabrouets à bœufs.

Partout des évocations de notre Histoire : la salle à manger portera le nom de Boucanier alors que l’auditorium sera nommé Salle 1804. Le théâtre de verdure où à l’inauguration de l’hôtel, le 25 Novembre 1985 fut représentée la pièce historique « Le Torrent », chef d’œuvre de Dominique Hyppolite, avait été consacré à la mémoire de Sanite et Charles Belair. Si cette résurrection de ce chef d’œuvre historique est devenue l’émission obligée dès 2 Janvier, 18 Mai et 18 Novembre, c’est à l’ingénieur Fombrun que l’on doit cette réalisation.

Cette passion de l’’Histoire Nationale a porté G.F. à produire deux livres. Le premier : « Et Haïti vint au Monde » retrace l’histoire  de l’habitation, étayée de précieux documents archivistiques, fruit de patientes recherches, tant en Haïti qu’en France. Le deuxième : « Pour que renaissent le prestige et l’espoir » est un panorama objectif de notre histoire, des premiers vagissements pré-indépendance, tels que la cérémonie du Bois Caïman, la révolte des esclaves, la longue et sanglante lutte de 13 ans qui aboutira à celle de l’indépendance arrachée au prix du sang, et l’après 1804 avec ses convulsions socio-économiques qui devaient influencer fortement les destinés de la République nouveau-née.

Mais pénétrons dans ce musée Ogier-Fombrun qui est le clou de toute visite à Moulin sur Mer. Dès l’entrée, on est captivé par l’ambiance quasi religieuse de ces lieux de mémoire, de respectueux hommage aux précurseurs, à tous ceux qui forgèrent notre patrie. Qui dit que cette gamelle géante n’est pas celle dont se servit Boukman au Bois Caïman? L’écolier haïtien comprendra mieux la fuite de nos marrons vers les montagnes inaccessibles au colon. Quand il aura vu et palpé ces énormes chaînes qui enserraient les chevilles, les poignets et les cous des malheureux esclaves, enchaînés, torturés, mutilés parfois pour une peccadille – Comment ne pas comprendre leur rage de se venger ou ne pas rêver à la Crête à Pierrot ou à Vertières devant cette foisonnante collection d’épées, de sabres, de mousquets, d’escopettes, d’éperons avec lesquels nos malheureux ancêtres arrachèrent leur liberté aux arrogants maîtres français?

Que dire encore de la plus émouvante relique de cette période de douleurs ? Dans la cour du musée, une carriole dans laquelle étaient transportés les esclaves d’une habitation à une autre. Vendus peut-être ou échangés dans une transaction entre colons ? Qui sait ? Fermons les yeux et imaginons le sinistre convoi. Le colon ne faisait pas de cadeau et, pour être charriés en carriole, il fallait que les occupants fussent des femmes hors d’état de marcher. Probablement deux femmes enceintes, sans doute, sans doute des œuvres du même colon, se partageant l’étroite cabine. Imaginons-y, les deux infortunées : l’une, la plus âgée est près de son terme; elle lève au ciel  des yeux embués de tristesse car elle sait que l’enfant qu’elle porte ne fera qu’augmenter le cheptel humain de son impitoyable maître. Et elle se demande si elle devra laisser vivre ou étouffer à la naissance le petit être innocent qui remue dans ses flancs…

L’autre est une jolie griffonne d’environ 15 ans, enceinte  aussi du même maître. Elle espère qu’elle donnera naissance à un beau petit mulâtre, à la peau cannelle, et que le père ne pourra qu’affranchir ce superbe bébé dont elle voit déjà le sourire. Qui sait? Elle-même y gagnera d’être traitée désormais en ’’ménagère’’. Affranchie à son tour, elle portera jupons à dentelles, foulard de madras, collier d’os et vaste capeline de paille enrubannée. Et elle sourit déjà à cette douce vision… Bercées aux cahots de la route, toutes deux perdues dans leurs rêves, ballottées au rythme lent des bœufs en sueur, elles pensent peu à la trainée des 10 hommes enchaînés derrière leur carriole. Liés par le cou comme des bêtes menées à l’abattoir, titubant de fatigue sous le soleil de plomb, ils n’ont rien bu ou ni mangé depuis le départ, hier soir! Et le fouet du commandeur s’abat furieusement sur leurs dos, veinés de cicatrices, au moindre signe de fatigue ou de ralentissement. C’est le long chemin de Guinée, c’est la Route de l’Esclave qui se poursuit depuis l’Afrique dans l’enfer de St Domingue, cette Perle des Antilles, le plus beau fleuron de la couronne de France, cette terre de toutes les richesses et de toutes les souffrances…

Parlerons-nous encore du superbe diorama représentant la vie quotidienne d’une habitation dominguoise ?  Rien n’y manque. Ni le moulin, ni le puits, ni la guildive, ni la canne qui frissonne au vent du soir, ni la grande case du colon. Ne manquent pas non plus l’infirmerie, les entrepôts, les cases des esclaves, ni même hélas, la potence où se balance encore le cadavre d’un supplicié…

Tous les enfants d’Haïti se doivent de visiter le musée Ogier-Fombrun pour mieux s’imprégner de nos racines, pour mieux comprendre la genèse de notre nation et parcourir cette longue route, pénible, rocailleux où saignent encore nos genoux… Le passé ainsi reconstitué, ainsi revécu est une grande, une incontournable leçon d’histoire.

Ce serait cependant mal connaître G.F., que de ne voir en lui qu’un esprit passéiste, tourné seulement vers nos grandeurs épanouies. Non! Cet amant du passé et aussi un homme, tout aussi obsédé par un présent à sauver et un avenir à construire. En historien, il fait le bilan de nos erreurs mais il a su déceler que, même chez nos seigneurs de guerre, devenus chefs d’Etat, subsistait ce sentiment de l’honneur et de la dignité, d’un peuple, misérable certes, mais fier, en butte dès le berceau, à l’ostracisme de toutes les nations étrangères. Le monde ’’civilisé’’ d’alors ne vit dans notre jeune indépendance qu’un mauvais exemple pour les autres colonies esclavagistes et s’acharnèrent à nous fermer tout accès au progrès, économique, social et intellectuel.

Aussi G.F. rend-il dans son nouvel ouvrage un hommage mérité à nos anciens présidents. Sans rien occulter de leurs erreurs, de leurs fautes, ni même hélas de leurs crimes. L’histoire nous rappelle que certains d’entre eux furent de réels progressistes attachés à faire avancer un pays lourdement handicapé au départ. Il citera entre autres, un Nicolas Geffrard, un Florvil Hyppolite, un Nord Alexis et plus près de nous un Dumarsais Estimé, visionnaire aux ailes trop vite brisées.

L’Haïti d’aujourd’hui ne laisse nullement notre pionnier indifférent. IL n’est pas un homme à problèmes mais un homme à solution. Ces solutions, il les voit dans le travail, la discipline, la réussite économique. Avec une ardente conviction, il en propose une, lumineuse, évidente, comme le nez au milieu de la figure : « La Gonâve » créé pour devenir la deuxième capitale d’Haïti. Placée par la main de Dieu au nombril même de notre territoire, incontournable point central, équidistant de tous les sites importants du pays. Confiez la Gonâve à G.F., 10 ans, 5 ans même, et cette force de la nature aura tôt fait d’y réaliser un Hong-Kong ou un Singapour caribéen. Justement parce que notre grande île est vierge de tout, on peut tout y implanter en partant de zéro. Et Gérard y voit déjà des hôtels, des parcs industriels, des freeports, des aéroports, des pistes de courses, des hippodromes, un parc national, un jardin botanique, un zoo et plus encore…

Comme tous ceux qui, dans l’histoire firent de grandes choses G.F. est un être de combat, de courage, de persévérance et d’énergie. Infatigable, il est exigeant pour lui-même jusqu’à l’outrance et il exige aussi beaucoup de ses collaborateurs mais, comme il partage leurs peines et leurs travaux, comme il n’hésite  jamais à s’exposer, à risquer une chute ou une blessure, comme il utilise de ses mains toutes sortes d’outils, il est aimé et respecté de tous ses collaborateurs qui voient en lui un père, sévère certes, mais toujours juste et humain, toujours disposé à entendre leurs doléances, toujours ouvert et attentif aux détresses d’autrui.

Le Gérard Fombrun dont nous nous enorgueillissons d’être une amie de très longue date est un homme d’espoir, dont la compagnie est toujours tonique, roborative et stimulante.

Quelles peuvent être les pensées de cet homme d’action lorsqu’après une de ses rudes journées de labeur, il laisse glisser ses longs doigts sur le clavier de son piano ? A quoi rêve-t-il encore lorsque face à la baie de Port-au-Prince inondée des feux orangés du soleil couchant, il laisse errer son regard lointain sur cette île de la Gonâve, paresseuse baleine endormie au mitan de la baie dans les eaux rutilantes des derniers feux de l’astre couchant.

Songe-t-il à la situation actuelle du pays? A cette Haïti qui fut jadis une référence pour toutes les jeunes du globe. Le phare vers lequel se tournaient tous les intellectuels et les politiques du tiers monde, pour y puiser des raisons d’espérer et de combattre? Se demande-t-il par quelles voies mystérieuses d’un destin funeste Haïti est-elle devenue un contre-exemple, ayant perdu cette aura qui en faisait naguère un modèle?

Optimiste de nature, Gérard songe surement à une Haïti belle, riche, prospère, réconciliée avec elle-même, avec tous ses enfants et avec son Histoire. Il y croit, il y croit très fort, car celui dont nous venons de brosser le portrait est avant tout un homme d’Espoir et surtout un homme de Foi.

Foi dans l’avenir de ce pays qu’il chérit viscéralement. Foi dans le potentiel humain que représente une jeunesse avide de se réaliser et de se dévouer à reconstruire ce pays. Cette jeunesse enthousiaste, G.F. ne cesse de l’aider, de la conseiller et de l’encourager dans tous ses projets constructifs. Foi encore et surtout dans la Renaissance dont il fait sa devise. Cette Foi dynamisante qui soulève les montagnes…

Et qui bâtit les Citadelles !

Paulette Poujol Oriol                                                                                                                                    27 Décembre 2001